Analyse macroéconomique – Cessez-le-feu Iran, choc pétrolier et CPI de mars : les marchés entre soulagement tactique et risque stagflationniste – 10 avril 2026
- William Desgagnés - Head of research

- 10 avr.
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Introduction
Le cessez-le-feu annoncé le 8 avril entre les États-Unis et l'Iran a déclenché un rally de soulagement immédiat sur l'ensemble des classes d'actifs. Le Dow Jones a enregistré sa meilleure séance en un an, le Kospi a bondi de 6,87 %, le DAX de 5,06 %, et le Brent est repassé sous la barre des 100 $ le baril pour la première fois depuis mi-mars.
Ce mouvement ne doit pas occulter la réalité structurelle. Le pétrole se négocie toujours 30 $ au-dessus de ses niveaux pré-conflit. Le détroit d'Ormuz reste fonctionnellement fermé aux navires commerciaux. Les négociations d'Islamabad, prévues ce vendredi, n'ont produit aucun cadre contraignant, et les violations signalées des deux côtés dans les heures suivant l'annonce confirment la fragilité de l'arrangement.
L'investisseur doit traiter cette pause comme un événement tactique, pas comme un changement de régime. Le choc d'offre énergétique le plus important depuis les années 1970 — selon l'AIE — reste en cours. Ses effets de second tour sur l'inflation, les marges corporatives et la politique monétaire ne font que commencer à se matérialiser.

Politique monétaire
La Fed a maintenu son taux directeur à 3,50–3,75 % lors de la réunion du 18 mars, pour la deuxième réunion consécutive. Le dot plot médian projette toujours une seule baisse en 2026 et une autre en 2027, mais sept participants sur dix-neuf estiment désormais qu'aucune réduction ne sera appropriée cette année — un de plus qu'en décembre.
Le fait saillant des minutes publiées cette semaine est le virage rhétorique vers un cadre « two-sided ». Plusieurs membres ont explicitement mentionné la possibilité de hausses si l'inflation persistait au-dessus de la cible. La guerre en Iran a été directement intégrée au statement officiel, une première depuis le conflit russo-ukrainien. Les projections de PCE et core PCE pour 2026 ont été révisées à la hausse à 2,7 % chacune, contre 2,4 % et 2,5 % en décembre.

Inflation - CPI - https://tradingeconomics.com/united-states/inflation-cpi
Le CPI de mars, publié ce matin, est attendu à 3,3 % en glissement annuel — le niveau le plus élevé depuis mai 2024 — et à 0,9 % en variation mensuelle, la plus forte hausse depuis juin 2022. BofA estime un bond de 10,6 % des prix de l'énergie sur le mois. Le core CPI devrait atteindre 2,7 % annualisé. Polymarket attribue une probabilité de 97,9 % à un statu quo lors de la réunion du 29 avril. La Fed est prisonnière : le marché de l'emploi ralentit (Powell a déclaré que la création d'emplois avoisine désormais zéro net), mais l'inflation accélère. Un scénario stagflationniste se dessine, dans lequel toute action — couper ou maintenir — comporte un coût asymétrique.
La BCE a maintenu ses taux à 2,00 %, la Bank of England à 3,75 %. Le signal commun est l'attentisme face à un choc exogène dont ni l'amplitude ni la durée ne sont quantifiables. L'investisseur doit intégrer l'idée que le cycle d'assouplissement global est, au minimum, en pause prolongée.
Marchés actions
Le S&P 500 a clôturé à 6 783 le 8 avril, en hausse de 2,51 % sur la séance, porté par le rally post-cessez-le-feu. Le VIX a chuté de 18 % à 21, revenant à proximité de ses niveaux pré-conflit. Les futures indiquent une ouverture légèrement négative ce vendredi, les marchés attendant le CPI de mars.
Le premier trimestre a révélé une divergence remarquable. Le Russell 1000 Growth a cédé 9,8 %, tandis que le Russell 1000 Value a gagné 2,1 %, principalement grâce à la surperformance du secteur Énergie. Ce n'est pas une rotation fondamentale : c'est un repricing de macro risk, un de-risking généralisé qui pénalise la duration et favorise le cash flow immédiat.

Performance par secteur - https://finviz.com/groups.ashx
Les résultats du Q1 sont attendus avec un consensus de croissance des bénéfices de 13,2 % en glissement annuel, le sixième trimestre consécutif de progression à deux chiffres. L'énergie enregistre les révisions à la hausse les plus marquées. La question clé pour le deuxième trimestre est celle du pass-through : les pressions sur les coûts énergétiques et la dégradation de la confiance des consommateurs commenceront-elles à affecter les guidances ? Goldman Sachs a relevé sa probabilité de récession à 12 mois à 30 % et anticipe un taux de chômage de 4,6 % en fin d'année.
Le cycle d'investissement en intelligence artificielle n'a pas été interrompu par le sell-off de mars. Les engagements de capex des grandes technologiques n'ont pas été annulés. Le risque n'est pas l'effondrement de l'investissement AI; c'est qu'un choc énergétique prolongé retarde la conversion de ces investissements en résultats nets.
Or et choc énergétique
L'or se négocie à environ 4 750 $ l'once, en baisse de plus de 11 % depuis le début du conflit le 28 février — un comportement contre-intuitif pour un actif traditionnellement considéré comme safe haven. L'explication est mécanique : la flambée des prix du pétrole a anéanti les anticipations de baisses de taux, poussant les rendements obligataires et le dollar à la hausse, deux forces négatives pour le métal jaune.
Le Brent a atteint 120 $ le baril au pic du conflit avant de redescendre sous les 100 $ post-cessez-le-feu. Les prix physiques en Asie restent significativement supérieurs aux prix « papier ». L'AIE a qualifié cette perturbation de « plus grande disruption d'offre de l'histoire du marché pétrolier mondial ». Environ 12 à 15 millions de barils par jour ont été retirés du marché. Les réserves stratégiques — 400 millions de barils libérés collectivement — arrivent à épuisement mi-avril.
Shell et Chevron ont averti que le redémarrage de la production au Moyen-Orient prendra trois à quatre mois même après la fin du conflit, les puits ayant été fermés sous contrainte. La normalisation du shipping nécessite un rétablissement de la confiance des assureurs et des armateurs, un processus qui ne se décrète pas par un communiqué diplomatique.
Pour l'or, la question de fond est celle du régime d'inflation : si le CPI de mars confirme un passage au-dessus de 3 %, et si le core s'installe durablement au-dessus de 2,5 %, l'environnement de taux réels bas redeviendra favorable au métal. L'investisseur doit surveiller non pas le prix spot, mais le spread entre le 10-year yield et le breakeven inflation — c'est là que le signal se formera.
Lecture d'ensemble et Conclusion
La semaine se résume à un mot : fragilité. Fragilité du cessez-le-feu, fragilité de la trajectoire d'inflation, fragilité de l'équilibre dual-mandate de la Fed, fragilité du consensus sur les bénéfices.
Le marché price actuellement un scénario de résolution rapide — pétrole sous 100 $, VIX en déclin, rotation vers le risque. Mais les fondamentaux physiques racontent une histoire différente : le détroit d'Ormuz n'est pas ouvert, les stocks mondiaux s'épuisent, et les capacités de production ne peuvent pas être restaurées avant plusieurs mois. La publication du CPI ce matin constituera un test décisif. Un chiffre headline au-dessus de 3,3 % forcerait un repricing brutal des attentes de taux et pourrait inverser le rally.
L'allocation tactique doit refléter cette dualité. Le biais doit rester orienté vers la qualité, les bilans solides et les flux de trésorerie résilients. Les positions longues sur l'énergie conservent une justification structurelle tant que le détroit reste fermé. L'or mérite une surveillance active plutôt qu'une conviction directionnelle immédiate. Sur les indices, la discipline consiste à ne pas confondre un soulagement de position avec un retournement de tendance.
Cordialement,
Division Analyse & Stratégie Macroéconomique
Aqualis Capital Group
Montréal, Québec
Sources
CNBC – « A fragile U.S.-Iran ceasefire sparks market relief — but no clear path to lasting peace » – 8 avril 2026 – https://www.cnbc.com/2026/04/08/us-iran-war-ceasefire-middle-east-strait-of-hormuz-oil-markets.html
CNBC – « Fed interest rate decision March 2026: Holds rates steady » – 18 mars 2026 – https://www.cnbc.com/2026/03/18/fed-interest-rate-decision-march-2026.html
Crestwood Advisors – « April 2026 Economic and Market Update: Geopolitics at the Forefront » – 9 avril 2026 – https://www.crestwoodadvisors.com/april-2026-economic-and-market-update-geopolitics-at-the-forefront/




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